Mille ans de patience dans un verre
On roule sur la Route des Grands Crus, entre Dijon et Beaune. À droite, un muret de pierres sèches. À gauche, une porte en pierre s'ouvre sur quelques rangs de vignes. Sur un mur, un nom gravé : Clos de Vougeot, Les Amoureuses, Richebourg . Quelques mètres plus loin, un autre. Chaque parcelle a le sien.
Ce que l'on traverse là, en pédalant au ralenti, c'est un paysage unique au monde. Un patrimoine dessiné depuis près de mille ans, reconnu par l'UNESCO en 2015, et que les Bourguignons appellent d'un mot simple : les Climats
Qu'est-ce qu'un Climat en Bourgogne ?
En Bourgogne, le mot climat n'a rien à voir avec la météo. Il désigne une parcelle de vigne précisément délimitée, reconnue depuis des siècles par son nom, sa géologie, son exposition — et surtout par le vin qu'elle produit.
Deux parcelles voisines, à quelques mètres l'une de l'autre, peuvent donner des vins très différents. C'est cette singularité, soigneusement observée et transmise de génération en génération, qui fait toute la réputation du vignoble bourguignon.
Aujourd'hui, on compte 1 247 Climats sur la seule Côte d'Or — une bande étroite de soixante kilomètres qui court de Dijon à Santenay, le long de la Côte de Nuits puis de la Côte de Beaune.
Mille ans de patience et d'observation
La première mention écrite d'un lieu-dit viticole en Bourgogne remonte à l'an 640 : le "Clos de Bèze", à Gevrey-Chambertin. Mais ce sont les moines cisterciens, installés à l'Abbaye de Cîteaux à partir du XIᵉ siècle, qui vont réellement façonner ce paysage.
Patiemment, parcelle après parcelle, ils goûtent, comparent, notent. Ils s'aperçoivent que le sol change tous les dix pas, que l'exposition fait toute la différence, que certaines pentes produisent des vins d'exception quand d'autres donnent des vins ordinaires. Alors ils délimitent. Ils entourent de murs. Ils baptisent.
Ce travail d'observation se poursuit au fil des siècles. À la Renaissance, les ducs de Bourgogne valorisent les meilleurs crus. Au XVIIIᵉ siècle, les négociants de Beaune diffusent ce savoir dans toute l'Europe. Au XIXᵉ, les classifications se systématisent. En 1936, les Appellations d'Origine Contrôlée (AOC) viennent sceller l'ensemble.
C'est ce continuum de près de mille ans — reconnaissance progressive, délimitation, transmission — qui fait toute la valeur des Climats.
Une reconnaissance mondiale : l'inscription UNESCO de 2015
Le 4 juillet 2015, après neuf années de dossier et de mobilisation, l'UNESCO inscrit les Climats du vignoble de Bourgogne sur la Liste du patrimoine mondial, dans la catégorie « paysages culturels ».
Le bien classé s'étend sur 60 kilomètres, de Dijon à Santenay, et englobe les centres historiques de Dijon et de Beaune — les deux pôles urbains qui ont porté, au fil des siècles, l'organisation et le rayonnement du vignoble. On y retrouve les Hospices de Beaune, le Palais des Ducs à Dijon et le célèbre Château du Clos de Vougeot.
En 2025, la Bourgogne a célébré les dix ans de cette inscription. Une belle occasion de (re)découvrir ce que ce classement protège réellement.
Portes de clos, murets, cabottes : le patrimoine en pierre
Ce qui saute aux yeux quand on parcourt les Climats à vélo, ce n'est pas seulement la vigne. C'est la pierre.
Les murets de pierres sèches, d'abord. On en compte 220 kilomètres dans le seul périmètre classé. Montés sans mortier, ils délimitent les parcelles, retiennent la terre sur les pentes, abritent lézards et insectes utiles à la vigne.
Les portes de clos, ensuite. Monumentales pour les plus prestigieux domaines, plus modestes ailleurs, elles marquent l'entrée des parcelles closes. Taillées dans la pierre calcaire locale, elles portent souvent, gravé dans la pierre, le nom du climat qu'elles gardent. De véritables petites œuvres d'art vernaculaire.
Les cabottes, enfin — ces petites cabanes en pierres sèches où les vignerons s'abritaient de la pluie et rangeaient leurs outils. On les repère au détour d'un rang de vignes, parfois presque cachées par la végétation.
Ces constructions, humbles en apparence, racontent le travail patient de générations de vignerons. Elles sont aujourd'hui protégées et restaurées par l'Association des Climats du vignoble de Bourgogne.
Découvrir les Climats de Bourgogne à vélo
Pour qui veut vraiment sentir ce paysage, le vélo est sans doute le meilleur moyen. On avance assez lentement pour lire les noms sur les murs, assez vite pour embrasser la succession des appellations.
Deux itinéraires cyclables permettent de traverser le cœur des Climats :
La Route des Grands Crus relie Dijon à Santenay en longeant la Côte de Nuits puis la Côte de Beaune. Gevrey-Chambertin, Vosne-Romanée, Clos de Vougeot, Nuits-Saint-Georges, Pommard, Meursault, Puligny-Montrachet… On enfile les noms les plus illustres du vignoble français.
La Voie des Vignes, piste cyclable sécurisée, prolonge et complète ce parcours au plus près des vignes, à l'écart des routes de circulation.
Chez Safrantours, nous avons imaginé plusieurs itinérances pour découvrir les Climats à votre rythme, avec hébergements choisis, bagages transportés d'étape en étape, et le temps nécessaire pour s'arrêter, goûter, comprendre.
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Que ce soit pour une dégustation, une visite de cave ou simplement pour lire les noms sur les vieilles pierres, les Climats se découvrent à hauteur d'homme — ou à hauteur de selle. Mille ans d'histoire vous attendent au bord du chemin.
